Table Ronde « Branche à Domicile » : ni Domestique, ni bonne à tout faire !

Les salarié-es de la Branche à Domicile (BAD) regroupent des réalités de travail éclatées et souvent méconnus. Nous vous proposons une retranscription d’une table ronde organisée par la Fédération Sud Santé Sociaux autour des enjeux et problématiques qui traversent ce secteur professionnel en proie comme beaucoup d’autres à des pression financières, des fusions ou un intensification des charges de travail…

Pouvez-vous nous presenter vos métiers ?

Martine  : Je travaille à domicile et plus partialement dans la protection de l’enfance. J’interviens avec les familles pour suppléer les parents quand il y a des accidents de la vie. Ça peut être la maladie ou le chômage.
Jocelyne : Je travaille beaucoup dans les milieux difficiles, l’organisation de la famille, le soutien des parents, l’aide à l’éducation des enfants…
Sabrina  : Moi, je suis agente à domicile, j’aide les personnes âgées ou handicapées à rester à domicile le plus longtemps possible ; à maintenir leur autonomie que ce soit pour les tâches quotidiennes telles que les repas, les courses, le ménage ; les tâches administratives simples comme les rendez-vous médicaux.
Jany  : Je rajouterai, un soutien et une écoute psychologique auprès de ces personnes aidées, c’est-à-dire des personnes âgées, handicapées psychiques ou physiques et en foyers. On a des populations très larges.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez au quotidien ?

Jany  : Elles sont de plusieurs ordres. Alors premièrement, ce sont des difficultés matérielles. Certaines fois, nous n’avons pas de lèves personnes pour faire les transferts. Ça, ce sont des problèmes purement techniques. Ensuite, il y a des problèmes d’ordres psychologiques avec des personnes âgées de sexe masculin qui sont parfois entreprenant. Il faut essayer de calmer un peu tout ce petit monde ; et ensuite ça peut être, des problèmes avec la hiérarchie. Nous n’avons pas assez le temps. Nous sommes minutés par utilisation des boîtiers limitant les interventions et leurs qualités.
Sabrina  : Nous avons des amplitudes de journée très larges de 8h du matin à 22h le soir avec deux week-ends travaillés par mois. Ca pause des difficultés pour concilier la vie privée et la vie professionnelle. Une journée qui se fait au pas de course pour enchaîner des interventions multiples avec des publics larges sur des secteurs géographiques éclatés. Parfois dans les situations difficiles, le manque de soutien de la hiérarchie qui préfère nous laisser seule à domicile pour gérer les difficultés au quotidien.
Jocelyne  : Nous, c’est surtout lorsque nous sommes imposés et que la famille ne nous veut pas. On doit dans ce cas essayer d’obtenir la confiance de la famille pour pouvoir travailler. On se sent un peu seul. Nous avons également beaucoup de frais kilométriques... On est toujours sur les routes. On quitte une famille, on met 1/4heure pour partir dans une autre. Le travail qui commence de plus en plus tôt, qui finit de plus en plus tard et qui nous fait travailler le samedi.
Martine : On rencontre un manque de temps pour les écrits professionnels qui ne sont pas totalement pris en charge par l’employeur. Ensuite, il y a les pauses déjeuners. Les salarié-es sont contraint-es entre deux interventions de manger un sandwich dans leur véhicule ou dans le métro. Il n’y a pas de temps de pause lorsque l’on travaille en journée continue alors que le code du travail prévoit pour 6h de travail une pause de 20 minutes. Or, dans notre métier ce n’est pas possible parce qu’on a la prise en charge des familles et des enfants. Et ensuite le stress lié au travail

Comment se traduit l’austérité dans votre secteur ?

Jany  : Dans notre association, elle se traduit par une fusion / absorption. Nous qui sommes en difficultés financières, on va être absorbé par une boite qui va nettement mieux et qui compte à peu près 500 salariés.
Sabrina  : pour moi qui travaille dans le secteur associatif non-lucratif ça se traduit en général par des associations qui ont de graves difficultés financières puisque le tarif imposé par les financeurs n’est jamais suffisant pour payer les salaires et tout ce qui va avec comme les inter-vacations, les charges par exemple. Donc ça veut dire un employeur qui, sous prétexte de difficultés, nous demande d’accepter toutes les conditions de travail parce qu’ils ont trop peur de vexer les clients en refusant leur demande et de les perdre au profit d’une autre association. Ça veut dire prendre des risques de manutention ou des risques légaux comme par exemple les cartes bleues que les clients nous demandent de prendre et qu’on doit refuser.
Jocelyne  : Le problème c’est au niveau des financeurs par rapport aux enveloppes d’heures. Si une année, on fait moins d’heures, l’année suivante, ils prennent ces heures alors qu’on en a besoin de plus. On doit toujours demander un supplément qui n’est pas toujours accordé. Ca fait une dette pour l’association et inversement lorsqu’il y a des bénéfices, c’est repris par les financeurs…
Martine : Chez nous il n’y a pas d’embauche et une fusion a été mise en place depuis 2015

Un dernier mot pour les collègues de la BAD ?

Jany  : Adhérez, adhérez à Sud si vous ne voulez pas rester seule ! Plus on sera nombreuse plus on pourra se faire entendre. Alors adhérez !
Sabrina  : il faut absolument se mobiliser plutôt que subir tout ce qui est imposé par les employeurs et les financeurs. Il faut se mobiliser, il faut adhérez au syndicat et mettre en place une lutte collective pour nos conditions de travail et pour les conditions d’interventions chez tous les usagers et usagères que l’on a.
Martine  : Si on a choisi d’être TISF (Technicien de l’Intervention Sociale et Familiale.) c’est parce qu’on voulait être dans l’aide et malgré toutes les difficultés qu’on rencontre il faut rester solidaire, toutes ensemble et surtout ne pas rester seul face à ces propres difficultés, en parler, venir nous rejoindre au syndicat.
Jocelyne  : L’union fait la force !