La Timone : l’hémorragie que l’hôpital ne sait arrêterâ ?¦

â ?¦ celle des infirmières de plus en plus nombreuses à quitter la galère ou à ne pas s’y embarquer (les futures diplômées écoeurées par les stages en services).

Choix étonnants que ceux de professionnel(le)s qui quittent le plus prestigieux établissement de soins (l’AP-HM) avec ses avantages (fonction publique) pour s’en aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte (exercice libéral, établissements privés, ONG,â ?¦) !
Et pourtant, on a peine à croire nos yeux quand on connait les conditions dans lesquelles ces personnels sont obligés de se débattre pour exercer leurs missions :

  • Effectifs sous la ligne de flottaison obligeant à accepter des tableaux de services illégaux (60h sur 7 jours, non-respect du temps de repos, rappels à domicile, â ?¦)
  • Après cette désorganisation des plannings les directions sont arrivées à convaincre les agents que faire des horaires illégaux était une bonne chose (12h), les personnels épuisés acceptent pour fuir l’institution.
  • Polyvalence (abusivement imposée) pour vous envoyer au pied levé renforcer des services où il n’y a plus d’infirmière et où une formation aurait été nécessaire. On fait pourtant croire aux gens qu’ils sont en sureffectifs partout alors que la réalité oppose un démenti quotidiennement.
  • Par endroit vétusté de locaux devenus inadaptés où vous devez réaliser des exploits pour respecter un minimum l’hygiène indispensable.
  • Manque de matériel de base. A cet égard, l’exemple de la chirurgie cardiaque pédiatrique récemment déménagée sur la Timone 2 est stupéfiant : pas de tensiomètre, pas de saturateur, pas de scope, pas de frigo, pas de chariot pour les traitements, les personnels doivent aller demander des prêts aux copines des services proches, à qui, bien entendu, ces matériels vont manquer. Pressions et autoritarisme sont présents à tous les niveaux pour faire appliquer l’inapplicable.

Dans des conditions pareilles il est évident que les risques d’erreurs se démultiplient et qu’il faut avoir la motivation solidement accrochée pour continuer.
A tout cela ajoutons les erreurs de prévisions qu’ont pu commettre les têtes pourtant bien faites des décideurs et qui, par exemple, retardent d’un an et demi le déménagement devenu indispensable des urgences pédiatriques ou encore " l’oubli " du système de livraison des prélèvements aux laboratoires d’analyse.

Faire payer la crise de l’AP-HM aux personnels !

Cette situation, au-delà de la Timone est le propre de toute l’AP-HM (Nord, Conception, Ste Marguerite)
L’AP-HM est certes dans une situation financière catastrophique : 800 millions de dette, 300 millions de déficit cumulé, le déficit annuel qui s’accroit (42 millions en 2013), le tout sur un budget annuel de 1 milliard 3, mais ni les personnels ni les usagers n’en sont responsables.
Le précédent Directeur Général, qui lui niait ces chiffres, avait donné la recette pour, selon lui, réaliser des économies : sur les frais de fonctionnement et sur les personnels (entendez " réduction de la masse salariale "). C’est hélas la politique de retour à l’équilibre mise en place par son successeur.

Exemple, la réduction des déjà peu nombreuses possibilités de formations professionnelles qui permettaient aux aides-soignantes de passer le diplôme d’infirmière.
Par voie de conséquences, ce sont les usagers qui pâtissent de cette dégradation.

Comment en est-on arrivé là ?

Les responsabilités sont multiples :

  • Loi des copains pendant des décennies qui ont produit ce que le Directeur Général appelle " la balkanisation " de l’AP-HM, qui a considérablement augmenté les frais de fonctionnement.
  • Politique catastrophique des 3 précédents directeurs généraux.
  • Inaction des autorités (DDASS, ARH, ARS, Mairie qui présidait le Conseil d’administration puis le conseil de surveillance).
  • Endettement excessif favorisé par le plan hôpital 2007 de J.F Mattéi.
  • Passage brutal à 100 % de tarification à l’activité par le 1° gouvernement Sarkozy.
  • Autorisations uniques en France et subventions d’argent public donnés au privé qui s’est emparé des secteurs les plus rémunérateurs.
  • Absence de concertation avec les personnels pourtant au plus près de la réalisation des missions de l’hôpital public.

Il faut sauver l’hôpital public !

Il est évident qu’un tel passif ne pourra être épongé par la seule AP-HM, lors d’une rencontre récente avec SUD le Directeur Général nous a dit que les choses seraient jouables sans les 300 millions de déficit cumulé.
La balle est donc maintenant dans le camp de ceux qui distribuent l’argent, les politiques. Faire quelques missiles de moins permettrait au gouvernement de faire un chèque de 300 millions à l’AP-HM, c’est une question de choix et de volonté.
Quant au Maire de Marseille, président du Conseil de Surveillance, il serait bon qu’il mette la même énergie au service de l’hôpital que celle qu’il a déployée récemment pour les restructurations des cliniques privées. Reprendre la majorité au Sénat ou le loyer du Stade Vélodrome peuvent certes lui paraitre important, mais qu’en est-il en regard de notre santé ?

L’indispensable unité syndicale !

Au vu de la gravité de la situation sur l’ensemble de l’AP-HM et des attentes des personnels, la réponse syndicale se doit d’être unie, aucune des organisations syndicales de l’AP-HM ne peut seule faire obstacle à cette dégradation.
SUD a proposé cette unité à deux reprises, malheureusement, et sans doute à cause de la proximité des élections professionnelles (4 décembre), nous n’avons reçu aucune réponse. L’importance de l’enjeu est telle que nous continuerons dans cette voie !

Marseille, le 30 juillet 2014