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REPORTAGE Des intervenants en centre de loisirs, qui craignent de ne pouvoir prendre en charge tous les enfants avec le raccourcissement des journées d’école, manifestaient eux aussi mardi contre la réforme des rythmes scolaires.
Par YOHAN VAMUR
Les enseignants se sont à nouveau mobilisés mardi contre la réforme des rythmes scolaires prévue par Vincent Peillon. Dispersés dans le cortège parisien, des animateurs de centres de loisirs avaient fait le déplacement pour se rappeler au bon souvenir du ministre de l’Education. "Animateurs en colère, rassemblez-vous !", hurle dans un mégaphone Patrick Kancès, 39 ans, qui travaille dans une école de Sceaux (Hauts-de-Seine).
Les animateurs ont le sentiment d’avoir été oubliés dans les concertations, alors qu’ils sont l’un des principaux éléments de la réforme. "Les enseignants ont été invités. Mais nous, à aucun moment, on a été contactés. On nous demande d’accueillir des enfants mais personne ne nous explique comment cela se passera", explique Patrick Kancès, un chapeau melon et des guirlandes multicolores autour du cou. La réforme prévoit, en effet, que les élèves seront pris en charge par des animateurs durant les plages horaires libérées par le raccourcissement de la journée de classe - activités sportives, artistiques ou culturelles.
Mais les animateurs doutent de l’efficacité de la réforme. "Cela ne va, en réalité, qu’accroître l’inégalité entre les enfants", explique Céline Martel, animatrice de 26 ans, qui travaille dans une école de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne). Dans notre école, on a déjà du mal à obtenir un bus scolaire quand on veut faire des sorties. Alors là, avec le peu de moyens qu’on a, on ne sait pas trop comment on va faire pour faire venir des intervenants, ou organiser des sorties. On va augmenter les disparités entre les petites communes rurales et les villes plus riches."
"On a vraiment l’impression d’être sacrifiés"
Les animateurs, qui n’accueillaient jusqu’ici qu’une partie des enfants le mercredi, craignent aussi d’être dépassés. "Nous ne sommes pas formés pour accueillir des classes complètes. Nous sommes censés proposer des activités adaptées à chacun. Si on accueille tous les écoliers, ce ne sera pas possible. On fera de la garderie", note Joy Zode, animatrice, âgée de 28 ans, travaillant dans une école de Saint-Maur (Val-de-Marne).
Certains redoutent d’être remplacés par des étudiants, moins qualifiés mais qui coà»teront moins cher. "Cette réforme ressemble vraiment à une impasse pour les animateurs. Elle pourrait être une chance s’il y avait les moyens financiers. Mais là, on a vraiment l’impression d’être sacrifiés. On n’est pas forcément contre la réforme, mais contre la façon dont elle est mise en place. Nous sommes déjà précaires. Là, on sent qu’on peut perdre notre travail", raconte Gaë l Trifol, 31 ans, animateur également à Saint-Maur.
Habillés en croque-mort, une faux à la main, des animateurs parisiens brandissent une pancarte : "Réforme mal ficelée. Associations culturelles et sportives perdantes". Un résumé de toutes les plaintes entendues pendant la manifestation.