COVID 19 : LES MOYENS DÉDIÉS A LA SANTÉ DES GUYANAIS·ES SONT INDIGNES DE LA RÉPUBLIQUE ET DE LA FRANCE

Depuis le début de l’année 2020, le coronavirus se répand dans le monde entier. En Guyane, l’épidémie est arrivée plus tardivement qu’ailleurs, pourtant rien n’a été préparé et anticipé correctement. Les moyens humains et matériels nécessaires pour empêcher la propagation du virus ne sont pas au rendez-vous et les stratégies mises en place ne sont ni adaptées ni efficaces. L’ensemble de la population est donc mise en danger de manière inacceptable et les réponses de l’état ne sont que mensonges et communication politique.
SUD Santé Sociaux Guyane et Solidaires Guyane alertent depuis plusieurs semaine sur la gestion catastrophique et l’abandon de cette région par le gouvernement.

COVID 19 CP du 23 avril 2020 : la gestion des masques de protection en Guyane met les soignant.es et la population en danger

L’épidémie de coronavirus en Guyane a commencé à la fin du mois d’avril avec des cas importés de métropole qui restaient très peu nombreux au regard de ce qu’il se passait dans la région Grand Est ou en Île de France. La Guyane a pourtant subie un confinement similaire à celui de l’Hexagone alors même que le virus ne circulait que très faiblement. C’est après le déconfinement que des clusters sont apparus comme à Saint-Georges-de-l’Oyapock, ville située à la frontière avec le Brésil, pays largement touché par la maladie. Ainsi au 15 juillet, on comptait 6299 cas positifs, c’est-à-dire ayant reçu un résultat positif au dépistage : soit plus de 2,5% de la population officielle. A cette même date, moins de 0,3% de la population avait été testée positive à la covid-19 en France métropolitaine.

Cependant, bien avant la réelle circulation du virus sur le territoire, une vingtaine d’organisations (partis politiques, associations et syndicats) ont pris la décision de se coordonner et de se regrouper afin d’un collectif appelé le Mayouri Santé Guyane. Ce mouvement a réclamé davantage de moyens pour faire face à la propagation du virus, éviter sa généralisation sur le territoire et prendre correctement en charge les malades. Ont été demandé :

  • plus de capacités d’hospitalisation,
  • plus de capacités de dépistage,
  • plus d’équipements de protection individuelle,
  • la désinfection des lieux publics,
  • l’accès à l’eau potable ou encore
  • la suppression des files d’attentes sur la voie publique.

A cette heure malgré de nombreuses demandes, les revendications du Mayouri Santé Guyane n’ont pas été entendues, la population n’est pas protégée, les soignant·e·s n’ont pas les moyens de prendre correctement en charge les malades et la progression de la pandémie n’est aucunement ralentie.

Récemment, le ministre de la santé, a affirmé que la Guyane et le service de réanimation de l’hôpital de Cayenne n’avait « jamais manqué de lits, […] jamais manqué de respirateurs, […] jamais manqué de places pour hospitaliser les malades et sauver des vies et […] jamais manqué de matériel de protection ».
Tout cela est rigoureusement faux et on doit se questionner sur la source de telles inexactitudes. On peut aussi s’interroger sur ses capacités à comprendre la situation de notre territoire que beaucoup de ministres continuent de voir comme une île.
Si les capacités sont au rendez-vous, comment expliquer que des malades doivent être évacués vers les Antilles parfois sans même que leurs familles ne soient informées ?
Si les capacités sont au rendez-vous, comment expliquer que l’état ait fait appel à la réserve sanitaire ou à un hôpital de campagne de mauvaise qualité (décisions, d’ailleurs tout à fait insuffisantes pour répondre à cette crise sanitaire) ?
La réalité, c’est que des lits ont été ouverts à la va-vite, qu’ils ne permettent pas de prendre correctement en charge les malades.
La réalité, c’est que le matériel à disposition des soignant·e·s du service de réanimation est souvent défectueux rendant impossible les soins et l’utilisation des respirateurs.
La réalité, c’est qu’on manque quotidiennement comme dans les autres services et hôpitaux de surblouses, lingettes et autres matériels jetables.
Mais cela n’est que le triste quotidien des soignant·e·s guyanais·es, les hôpitaux étant trop souvent incapables de fournir les moyens nécessaires à la prise en charge des malades. A titre d’exemples, les problèmes étant trop nombreux pour être tous cités ici, le laboratoire de Cayenne est couramment en rupture des produits permettant de réaliser les analyses et les centres de santé n’ont pas toujours de balance qui fonctionnent pour peser les bébés qu’ils reçoivent.

Dans la situation d’urgence extrêmement grave que nous connaissons aujourd’hui, la seule réponse de l’état est une communication politique basée sur l’autosatisfaction et le mensonge qui allie l’amateurisme et l’incompétence à une vision coloniale des territoires.
Une motion commune reprenant les revendications du Mayouri Santé Guyane a été signée par la totalité des parlementaires, par le président de la collectivité territoriale et par le président de l’association des maires de Guyane, certains d’entre eux étant des élus « La république en marche » a été remise au premier ministre lors de sa visite éclair du 12 juillet dernier.
A cette heure, aucun retour ne nous ait parvenu et c’est en demandant une réponse que nos camarades ont été brutalisés à la préfecture le 17 juillet. Cette violence est inacceptable et pourrait déboucher sur un conflit politique majeur qui n’est pas souhaitable en pleine épidémie mais qui semble être le seul moyen de se faire entendre par le gouvernement.

Nous appelons nos adhérent·e·s et sympathisant·e·s à participer au mouvement social suivant les formes qu’il prendra dans les jours à venir.
Nous appelons la population à continuer à rejoindre la mobilisation car seule la lutte paie.
Nous appelons également le gouvernement à prendre conscience de la situation, à arrêter les mensonges et la violence et à donner immédiatement les moyens nécessaires à la prise en charge locale des malades et à la protection de la population sans quoi la négligence grave dont nous sommes victimes pourrait faire d’important dégâts et laisser durablement une tâche supplémentaire dans les relations entre la France et les Guyanais·es.


vidéo de la prise de parole du 17 juillet au sortir de la préfecture