Casse de la Formation Continue - Vers une nouvelle société de « compétences »... sous la tutelle du patronat

La formation professionnelle continue, initialement prévue pour améliorer, acquérir des connaissances professionnelles ou pas, est obligatoire depuis 1971 et est financée par un fonds dédié. Celui-ci, comme le budget de la Sécurité Sociale, n’a eu de cesse d’être convoité par le patronat qui n’en avait pas jusqu’alors la totale maîtrise.

Au fur et à mesure des réformes, des accords nationaux interprofessionnels ; les gouvernements successifs n’ont eu de cesse de coller au plus près des velléités patronales.
Aujourd’hui dernier coup de grâce ; par cette réforme, la formation continue dans son concept initial d’émancipation et de promotion sociale des personnes, est dénaturée pour entrer dans une doctrine économique libérale clairement assumée par le gouvernement Macron.

De la formation continue à l’adaptation à l’emploi

La formation continue y est conçue comme un investissement au profit de l’entreprise, évaluable en compétences et rendement. Elle est pensée par le gouvernement Macron comme un palliatif à une crise sociale, réponse à un besoin de productivité et non reliée à la personne. C’est un détournement par l’Etat des fonds de la formation, financés par nos salaires.
Au prétexte de mieux sécuriser le parcours professionnel de chacune et chacun, le gouvernement actuel dans sa grande mansuétude, effectue une refonte complète de la formation continue, tant dans ses modalités de financement, de gestion mais aussi dans ses modalités d’accès. On reste bien sûr dans une logique néo libérale de la compétence et de l’emploi, bien loin de celle de la qualification et des métiers que nous défendons.

Territorialisation, pièges à …

Mesure phare de la réforme de 2014, le Conseil en Evolution Professionnelle (CEP) est remanié dans le projet de loi actuel, entre autre, par la territorialisation de l’offre de formations. Donc chacune et chacun n’auront accès qu’à des formations selon les besoins économiques d’un bassin d’emploi. Les patrons donneront leurs besoins et le gouvernement par ses instances sur le territoire proposera des formations. Quel choix restera-t-il aux salarié-es, aux demandeur-euses d’emploi, autre que de s’aliéner encore plus aux volontés patronales ? Toutes et tous auront la « liberté » d’un avenir professionnel, pour peu qu’il soit conforme à un marché de l’offre où la demande sera le besoin patronal.

Dans une société où le « lean management » fait des ravages, où la perte de sens au travail est généralisée, les salarié-es de demain n’auront plus à se poser de question, la formation ne sera accessible que pour celles et ceux qui acceptent de renoncer à leurs envies pour se conformer à des besoins. Cela est bien loin des valeurs d’émancipation, de luttes, de refus de marchandisation de notre valeur de travailleur-euses.

La ministre du Travail l’a annoncé, le CEP demeure gratuit et accessible à toutes et tous. Pour rappel, en 4 ans, ce service dématérialisé n’a aucunement prouvé son efficience. Le gouvernement précédent n’a eu de cesse de communiquer sur ce CEP, les salarié-es ne se sont pas saisi-es de cette modalité d’accès à la formation face à la complexité de ce système en accès unique dématérialisé. Qu’en est-il de la fracture du numérique et de l’inégalité d’accès au nouvelle technologie ? Qu’en est-il de l’accès à la formation pour toutes et tous ? Le gouvernement actuel vous ment, oui l’accès à la formation professionnelle n’est pas juste mais leurs mesures néo-libérales vont le rendre encore plus inégalitaire et moins accessible à tout un chacun-e. La formation ne répond plus qu’à un besoin de compétences dans une société de compétences où l’égalité d’accès est un leurre.

Le Compte Personnel Formation, une coquille vide

La mesure phare de la réforme actuelle est la monétisation du Compte Personnel de Formation (CPF). Pour rappel le CPF, crée en même temps que le CEP n’a lui non plus fait ses preuves jusqu’à présent. Le crédit horaire annuel affecté à ce compte en est certainement la cause et c’est pourquoi la ministre El Khomri, jusqu’à la fin de ses mandats au ministère du travail, n’a eu de cesse d’y déroger en offrant des possibilités aux OPCA d’abonder le financement de la formation des salarié-es mobilisant leur CPF dans leur demande.

Il faut dire qu’avec 150h en général, il est difficile d’accéder à une formation diplômante. L’expression en euros et non en heures des droits à la formation via le CPF ne va pas y changer grand-chose, à part accentuer l’individualisation du système. Dans la branche des associations sanitaires sociales et médico-sociales non lucratives, le prix moyen d’une formation diplômante est de 28 000 euros. Quelle formation va être accessible pour 5 000 euros maximum (8 000€ sous conditions) ? Au mieux les personnes mobilisant l’intégralité de leur compte pourront valider une unité, un bloc de compétences d’un diplôme pour mieux servir leur entreprise sans pour autant pouvoir le valoriser par l’obtention d’un diplôme, vecteur de promotion sociale. Au final, un droit que nous n’avons plus les moyens ni l’occasion d’exercer, n’existe plus réellement.

Enfin, le projet de loi réforme la gestion du CPF, confiée à la Caisse des dépôts et consignation en prévoyant que celle-ci en assure seule les différentes dimensions, de l’inscription des titulaires de droits à formation au paiement des organismes de formation. Le gouvernement ré-affirme en ce sens sa volonté d’exclure tous les acteurs-trices de terrain de cette gestion. Si la gestion paritaire n’était guère que l’ombre de la gestion socialisée de la formation que nous revendiquons, avec cette dernière mesure la prise de contrôle par l’Etat est totale. Il faudra attendre le vote de la loi, le 21 septembre 2018, la sortie des décrets d’application, voire les ordonnances que s’autorisera très certainement le gouvernement pour juger réellement des sanctions prévues. Mais d’ores et déjà nous pouvons affirmer que le gouvernement, encore une fois, bafoue les conquis sociaux au profit d’un patronat qui ne cherche qu’à faire baisser le coût du travail.

La Fédération SUD Santé Sociaux appelle tou-tes les citoyennes et citoyens, étudiantes et étudiants, chômeuses et chômeurs, retraitées et retraités, travailleuses et travailleurs de tout secteur d’activité, du public comme du privé à se joindre aux différents mouvements de luttes et aux mobilisations à venir face à l’ampleur des attaques de Macron et de son gouvernement