Adoma se tire une balle de lobbying dans le pied

Nous relayons la pétition de la section Adoma de SUD Logement Social. La Direction d’Adoma, au lieu de se battre pour plus de salariés en centre d’accueil de demandeurs d’asile, fait en fait pression sur le Ministère de l’Intérieur pour baisser le taux d’encadrement !

Le 15 février dernier, un nouvel arrêté ministériel était publié, modifiant le cahier des charges des centres d’accueil de demandeurs d’asile (CADA).

Ainsi, le taux d’encadrement passait à un salarié pour 15 résidents maximum, après plus de 15 ans de régression dans ce domaine (passage d’un salarié pour 10 résidents à un pour 20 maximum, multiplication des dispositifs diminuant la qualité du suivi social et de l’hébergement, création de dispositifs servant à rémunérer des investisseurs privés). C’était une des rares avancées de cet arrêté. Sur ce point, nous pouvions y voir une reconnaissance du travail fourni face à des difficultés croissantes (situations sanitaires de plus en plus dramatiques, turn-over plus que doublé).

Le Ministère n’a pas accompagné ce nouveau taux d’encadrement des moyens financiers nécessaires à sa mise en œuvre. Face à cela, la Direction d’Adoma (premier opérateur de l’asile en France) semble avoir exercé un lobbying pour que l’arrêté soit supprimé. En effet, dans un échange de mails dont nous avons eu connaissance, le Directeur de l’Asile (Ministère de l’Intérieur) confirme à la Directrice de la Communication mettre à la signature un arrêté revenant sur l’arrêté qui prévoyait d’accroître le taux d’encadrement en CADA. Il informe qu’ils vont bien veiller à ce que ce taux puisse descendre jusqu’à 1/20 dans les conditions prévues antérieurement.

La Directrice de la Communication s’en réjouit par un smiley, et fait suivre ce mail au Directeur Général, qui juge que c’est une bonne nouvelle !

Nous avons bien évidemment protesté contre cette manière de faire, mais sans réponse ou réaction à ce jour... Se réjouir d’une diminution du nombre de salariés, quand on connaît les difficultés rencontrées, la hausse des burn-out, des arrêts maladie, c’est vraiment faire preuve d’un cynisme et d’un mépris pour ces salariés particulièrement choquants.

Nous avions dénoncé le fait que des salariés des CADA étaient de fait employés sur d’autres dispositifs, faussant ainsi les taux d’encadrement et laissant planer un doute quant à la légalité de telles pratiques (qui s’apparentent à un détournement de fonds puisque les financements sont distincts. Trouverait-on normal qu’une infirmière d’hôpital aille travailler deux jours par semaine dans une clinique sans réimputation de son salaire à la clinique, sous prétexte que le public est le même ?)

La qualité de l’accueil et le suivi des demandeurs d’asile présentent certes un coût pour l’Etat. Mais les diminuer est un mauvais calcul à moyen terme. Ces hommes et ces femmes, ces enfants, qui seront pour partie amenés à rester sur notre territoire, auront comme première expérience de leur vie en France leur accueil en CADA. C’est grâce au travail des salariés et des bénévoles qu’ils apprendront nos valeurs républicaines, notre fonctionnement administratif, notre langue et leurs droits comme leurs devoirs. Diminuer ce suivi a des conséquences à moyen et long terme sur leur insertion dans notre société, leur connaissance du monde du travail, leur capacité à devenir des citoyens autonomes et responsables. Cela a donc aussi un coût pour la société, bien que moins visible immédiatement.

Nous, salariés travaillant avec les demandeurs d’asile, bénévoles intervenant auprès d’eux, simples citoyens sensibles à la protection des réfugiés, demandons donc le maintien de ce nouveau taux d’encadrement.

II en va de l’avenir de dizaines de milliers de demandeurs d’asile, mais aussi des conditions de travail de centaines de salariés, pour lesquels les burn out se multiplient. Nous demandons que soit donné aux CADA les moyens de remplir leurs missions. Nous demandons que tous les dispositifs d’accueil de demandeurs d’asile soient alignés sur les normes des CADA, pour assurer à tous les demandeurs d’asile une égalité de traitement et un accueil digne.

Vous pouvez nous soutenir en signant la pétition.