Rapport Couty à la sauce HPST : "Du secteur, faisons table rase !"

Rapport Couty à la sauce HPST :
"Du secteur, faisons table rase !"

Commandé pour servir de base à un volet psychiatrie adossé à la loi HPST ou à une loi spécifique, le rapport Couty propose une réorganisation du système qui repose sur un profond déni de la nature même des troubles dont souffrent les malades auxquels elle s’adresse. De la même façon il fait totalement l’impasse sur la crise de moyens, la crise démographique et la crise identitaire de ce champ d’activité qui expliquent ses difficultés actuelles et ses dysfonctionnements.

Le dispositif de soins, l’évaluation des pratiques, la recherche, les financements s’inscrivent dans une logique de clivage fondamentalement opposée à celle qui a guidé la politique de secteur jusque là, à savoir la continuité des soins assurée par une même équipe, de l’ambulatoire à l’hospitalisation. Cette continuité est pourtant la meilleure garantie pour que les personnes souffrantes accèdent non seulement aux soins mais aussi à toutes les modalités d’accompagnement social qui en sont le complément, parfois même la condition.

L’ambulatoire amputé de son hospitalisation
Le secteur à la sauce Couty ne retient que son occurrence géographique : un secteur pour 70000 habitants en psychiatrie adulte et 210 000 en pédopsychiatrie. Il propose un modèle de groupements locaux de coopération (GLC) regroupant soignants publics et privés (généralistes et psychiatres libéraux, CMP), structures extrahospitalières, institutions sociales et médico-sociales, élusâ ?¦) dans une entité juridique type GIP pour organiser et gérer la prévention, le diagnostic précoce, les soins psychiatriques et somatiques ambulatoires, la réinsertion et la réhabilitation psychosociale à l’échelle d’un secteur. Cette organisation dilue la psychiatrie dans une nébuleuse où les missions et les compétences des différents acteurs se confondent et se substituent. L’insidieuse idée qui ronge le secteur depuis le rapport Massé va trouver un cadre pour se déployer. La psychiatrie va pouvoir se diluer dans le vaste champ du social et du médico-social et une nouvelle répartition des tâches et des responsabilités entre les différents métiers parachèvera cette confusion.

L’hospitalisation à la dérive
L’hospitalisation en psychiatrie, totalement émancipée de l’ambulatoire, est quant à elle pensée à l’échelle d’un territoire (entre 200 000 et 600 000 habitants). Le rapprochement des lits d’hospitalisation en psychiatrie des lieux de vie n’est plus au goà»t du jour. Dans le cadre de la loi HPST, la psychiatrie a tout à craindre des regroupements en communautés hospitalières de territoire. Le risque est couru de voir glisser les moyens de la psychiatrie vers d’autres priorités, en particulier les activités nécessitant des équipements lourds. Les secteurs rattachés à des hôpitaux généraux en ont fait l’expérience. Pire encore est la perspective des groupements de coopérations sanitaires, associant public et privé, qui vont " mettre en concurrence des coà»ts " qui ne recouvrent ni les mêmes pratiques thérapeutiques ni les mêmes patients. Et ce ne sont ni les financements issus de la VAP ni les enveloppes MIGAC qui assureront aux équipes de psychiatrie les moyens de mettre en oeuvre des soins dans le respect de leurs dimensions psychothérapeutique et institutionnelle !

La qualité des soins en psychiatrie : d’abord une question de moyens humains et de formation
La certification des structures, l’évaluation des pratiques et les collèges de "bonnes pratiques" sous l’égide de la HAS constituent un étau où la personne souffrante disparaît au profit de son symptôme objectivé à coup de DSM, mesuré à l’aide d’échelles de dépendance et traité par protocoles. L’amélioration de la qualité des soins en psychiatrie avec de tels outils est un leurre. Le savoir être des soignants, leurs fonctions de contenance se construisent dans l’expérience partagée, dans les reprises cliniques et institutionnelles que seules peuvent garantir des équipes dà»ment formées et disposant de temps pour élaborer leur réflexion et leurs projets.

Comme le projet de loi HPST, les recommandations du rapport Couty répondent à des besoins définis à partir de raisonnements gestionnaires et non à ceux exprimés par le terrain. Patients, familles, usagers et équipes de soins doivent peser de toutes leurs forces pour que ces recommandations ne deviennent pas demain un modèle d’organisation qui rompt définitivement avec la politique de secteur.

N.D


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