â ?oL’adversaire d’une vraie liberté est un désir excessif de sécurité.â ?

â ?oL’adversaire d’une vraie liberté est un désir excessif de sécurité.â ?

Pendant des siècles marginalisés et poussés à l’errance, les fous ont subit " un grand renfermement " au 17ème siècle. Indistinctement les fous sont alors enfermés dans des espaces de déjection avec les libertins, oisifs, fauteurs de troubles et autres " délinquants " de l’époque. Il a fallu attendre la fin du 18ème siècle pour que naisse la volonté de traiter médicalement les " insensés ". La folie est une maladie, elle exprime une souffrance et elle est curable. Un demi siècle et de longs débats parlementaires plus tard est promulguée la loi de 1838 qui régira, pendant 150 ans, les hospitalisations psychiatriques. La réponse aux désordres mentaux est à cette époque exclusivement hospitalière et contrainte.
Soigner sans exclure, sans désocialiser, sans stigmatiser
Après la seconde guerre mondiale l’hôpital psychiatrique, sous l’influence du mouvement antiségrégationniste, ouvre progressivement ses fenêtres (hospitalisation non contrainte, sorties à l’essaiâ ?¦) puis ses portes, avec la circulaire de 1960 sur la sectorisation. La politique de secteur sera mise en oeuvre progressivement (et inégalement) sur l’ensemble du pays. On passe d’une réponse uniquement hospitalière à une offre de soins diversifiée dans des structures implantées, sinon intégrées, dans la cité. Malheureusement le mouvement d’ouverture n’a pas été soutenu par des dotations budgétaires à la hauteur des ambitions et des enjeux de société. Les secteurs se sont considérablement appauvris en moyens humains, quantitativement et qualitativement. C’est en effet dans le même temps que la spécificité du diplôme d’infirmier de secteur psychiatrique disparait. 50 000 lits seront supprimés en 20 ans et de nombreux patients, condamnés à l’errance, seront privés de soins.
De l’abandon à la criminalisation
C’est aussi en 1992 que le code pénal ébranle le principe de l’irresponsabilité des malades mentaux, hérité du droit romain. La tendance est à la criminalisation des faits commis par des malades. En 15 ans, c’est une véritable inflation carcérale si bien qu’un 1 détenu sur 5 aujourd’hui souffre de psychose ! Et survient le drame de Pau qui, en 2004, vient réactiver violemment l’amalgame entre folie et dangerosité. L’idée qu’on ne maîtrise pas tout dans la nature humaine est devenue insupportable, c’est ainsi que se caractérise une société sécuritaire. Les rapports Burgelin en 2005 et Goujon en 2006, la tentative d’introduire des dispositions relatives aux hospitalisations contraintes dans la loi de prévention de la délinquance, la création des UHSA dans le cadre de la sécurisation des établissements psychiatriques, jusqu’à la loi du 25 février 2008, qui traite à la fois de la rétention de sà»reté pour des criminels (essentiellement pédophiles) condamnés à au moins 15 ans de détention et des jugements des malades mentaux irresponsables, témoignent d’une confusion des genres. C’est une dérive d’un Etat de droit vers un Etat de force. Il n’est plus question de la souffrance des malades, la société ne se préoccupe plus de les soigner mais de les neutraliser. Sarkozy, comme Napoléon en son temps, entend bien punir ceux qui " laissent échapper " les malades, comme à St Egrève. Le président annonce son intention de réformer au plus vite la loi de 1990 sur les hospitalisations psychiatriques et de mieux encadrer les sorties des établissements en créant un fichier des personnes Hospitalisées d’Office.
Petites mains de la psychiatrie, il nous faut réagir !
Nous avons la responsabilité de réaffirmer que le rôle d’une société civilisée est de soigner ses malades, d’empêcher les dispositifs de sécurité de remplacer notre travail d’humain, celui de soigner des êtres en souffrance. Nous avons le devoir de dénoncer toutes dispositions sécuritaires qui entravent nos pratiques. Il est grand temps d’opposer aux contentions physiques nos fonctions de contenants psychiques. Nous avons le devoir de lutter partout, dans nos établissements, dans les colloques, dans la presse, contre la stigmatisation des malades mentaux. Nous devons faire savoir qu’ils sont d’abord des victimes, de crimes, de vols, de suicides. Nous devons rappeler, par exemple, que l’alcool au volant ou les violences conjugales sont beaucoup plus meurtriers que les angoisses psychotiques. Il est grand temps pour nous, équipes de secteur, de défendre nos valeurs, nos pratiques et nos outils, d’obtenir les moyens de les développer et de les améliorer.
Il est devenu urgent de refuser d’être les chevilles ouvrières d’un projet de société sécuritaire !


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