- Un printemps qui chante...

DIFFERENT N°5

Ceux qui attendaient, avec le mouvement anti CPE, un nouveau mai 68 en sont pour leur
frais ! Le printemps 2006 n’a rien à voir avec celui d’hier. Autre temps, autres attentes, autres
mobilisations, autre jeunesse. Hier, il fallait tout changer : la société, la politique, les moeurs,
la sexualité, la téléâ ?¦Il fallait réinventer la vie, faire sauter les pavés et voir fleurir la plage. Le pouvoir,
c’était l’ennemi. La rue, la chienlit.
Certes, près de 40 après, des choses n’ont pas changé : des slogans sur les murs, l’odeur acre des
lacrymos, le défilé des banderoles, des barricades qui se dressent, des villages " autogérés " qui
poussent ici ou là aux abords des facs, des voitures qui brà»lent, l’Ordre qui s’arqueboute et campe
droit dans ses bottes, des étudiants qui s’en moquent et qui, d’AG en AG, donnent la réplique.
Mais l’ambition a changé. Le mouvement a désormais ses blogs et ses sites internet. Quelques rares
guitares résistent à l’invasion des MP3, les pavés ne volent plus et la plage n’est plus là. La requête est
autre. Il ne s’agit plus de tout renverser et de refaire le monde mais, simplement, de mener à l’instant
la lutte qui compte. Ciblée et ponctuelle. Opportune diront certains. D’ailleurs la jeunesse, dans sa
grande majorité, ne veut surtout pas que l’on touche à ce qu’elle affectionne : le grand zapping de la
consommation, la satisfaction immédiate, la télé réalité et le Mac Do. La chose politique ? Un peu
mais pas trop ! Ce qui compte avant tout c’est d’avoir un boulot, un bon plan de carrière, une famille,
un logement et l’emprunt qui va avec. Voilà l’avenir espéré. La voie tracée. Le rêve à portée de mains.
Rien à voir, donc, avec 68.
Alors que retenir du mouvement 2006 contre le CNE et le CPE ?
Evidemment, pour nous autres adhérents Sud, il garde le goà»t amer d’un demi succès : un CNE intact
malgré le retrait du CPE. Mais 2006 restera avant tout l’exemple de l’unité possible entre syndicats
d’étudiants, de lycéens et de salariés. La rencontre improbable, inespérée. Le sursaut tant souhaité
d’une grande partie de l’opinion. De journée d’action en journée d’action, de manif en manif, les rues
qui s’emplissent, entonnent le même refrain, se répondent et se font écho. Le printemps 2006, c’est
enfin un incontestable rappel de vaccination après le NON au référendum européen de 2005. TCE,
CPE : un beau doublé, deux belles victoires coup sur coup ! Une double claque pour Chirac et la
clique.
A un an d’intervalle, dans les urnes et dans la rue, nos revendications, nos luttes ont pris corps et ont
gagné. Le mouvement social et syndical a dit son mot, montré sa force et rappelé, une fois encore, son
utilité, ouvrant la voie à des luttes de formes nouvelles, loin des standards un peu jaunis de 68. Alors
avant que n’arrive l’été et le temps des vacances, savourons cette victoire, même partielle et fragile,
pour ce qu’elle est, et le bien qu’elle procure !
Tendons l’oreille et écoutons encore une peu, ce printemps qui chanteâ ?¦.


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