Arrêtons la maltraitance de la psychiatrie !

Depuis plusieurs semaines, les salarié(e)s et la section Sud de l’hôpital Esquirol dans le Val de Marne se mobilisent pour dénoncer les conditions d’hospitalisation dans leur établissement : chambres d’isolement insalubres, absence du minimum d’hygiène nécéssaire, manque quotidien de matériel. Devant l’absence de réaction de la Direction face à cette situation insupportable, les personnels ont choisi de ne plus se taire.

Au lendemain de l’annonce de son "plan Santé Mentale" et devant une mobilisation médiatique sans précedent, le Ministre de la Santé n’a pu faire moins que de diligenter une enquète administrative sensée faire l’état des lieux et mette en exergue les responsabilités.

Les conclusions de cette enquète ont été rendues publiques le vendredi 18 février et nous amènent à plusieurs réactions :

- Sur la forme : l’enquête a été menée par une inspectrice de la DDASS de Paris sous contrôle
de la DHOS, ce qui ne laisse aucune place à l’objectivité et à l’indépendance des conclusions rendues. Cette enquête menée tambours battants (et exclusivement dans l’intrahospitalier des services de psychiatrie adulte) ne rencontrant qu’une partie des cadres et des médecins en
travaillant sur les référentiels de l’ANAES a tout de même cerné les dysfonctionnements majeurs du service économique et leurs conséquences pour les patients et les personnels. Qu’en aurait-il été si les enquêteurs avaient pris le temps de rencontrer les patients et leurs familles, les
personnels, les organisations syndicales dans le cadre de l’enquête ?

- Sur le fond : le rapport d’enquète liste un certain nombre de recommandations :

"formaliser par écrit les procédures des différents modes de commandes" ainsi que "les
procédures d’échange entre le service économique et le service technique".
"mettre en place un dispositif de fiche d’alerte qui permet à tout cadre de soins, à tout médecin, au médecin du travail de porter à la connaissance de la direction un fait considéré comme portant atteinte au bon fonctionnement d’un service dans l’organisation et la qualité des soins"."porter à la connaissance, tous les trois mois, de tous les cadres de santé et les chefs de service, de la programmation des travaux à venir dans les unités et la personne référence par
rapport à ces travaux "
et ainsi de suiteâ ?¦

Il semble pour le moins pathétique que le Ministre soit obligé de diligenter une enquête pour que soit mis en oeuvre un fonctionnement élémentaire de l’hôpital !

Le syndicat Sud a dénoncé la maltraitance institutionnelle, le rapport conclu lui à "l’absence d’actes de maltraitance", relevant tout de même l’absence de seaux hygièniques dans les
chambres d’isolement contraignant les patients à déféquer sur des draps !

Non il n’y a pas eu d’actes de maltraitance, il y a eu maltraitance faute d’actes, faute de moyens. Le glissement sémantique qui fait passer de maltraitance institutionnelle à actes de maltraitance n’arrange que ceux qui ne veulent pas voir ce que les patients et le personnel ont subi,
portant atteinte à leur dignité. Lorsque les conditions ne sont pas réunies pour que la dignité des patients soit respectée alors oui, il y a maltraitance.

Malheureusement, la situation à l’hôpital Esquirol est symptomatique de celle de nombreux établissements, soumis à la casse organisée du système de soins psychiatriques . Et ce n’est pas un énième Plan , sans moyens réels et sans prise en compte des exigences de l’ensemble des personnes, des patients et de leurs familles qui permettra au secteur psychiatrique de remplir ses missions au plus près et dans le respect des patients.


La Fédération Sud Santé-Sociaux soutient les revendications légitimes des personnels de l’hôpital Esquirol, exige la mise en place d’une commission réelement indépendante chargée d’évaluer les conditions d’hospitalisation en psychiatrie, et met tout en oeuvre pour organiser la riposte de tout le champ de la psychiatrie publique et privée, avec un appel à une première mobilisation nationale le 18 mars 2005.

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