A Marchant nous tenons, et Tenon avance en marchantâ ?¦

De Marchant (CH psy de la haute Garonne) à Tenon (Paris), mais aussi à Rennes, à Albi et ailleurs, des équipes refusent de battre en retraite. Luttes locales aux contours divers, engagées dans des conflits qui prennent leur source dans un partage, celui de la souffrance éthique.
Du localâ ?¦
A Marchant deux mois de grève, symbolisé par un campement (campinge LKP, voir photo) devant l’hôpital, il est maintenu jour et nuit par les salariés. D’abord en intersyndicale, puis au fil des départs, animé aujourd’hui par un collectif SUD-non syndiqués. Les soutiens sont divers de l’Union Syndicale Solidaires 31 aux syndicats de l’union locale CGT interpro, aussi et surtout de la population et de riverains. (cf Brêve). Les politiques de la région ont été interpellés, PG, NPA, Europe-écologie-les Verts, FASE ont cosigné un communiqué de soutien. Les révoltés tiennent...

A Tenon (CH Paris XXième) douze semaines de grève en intersyndicale SUD, CFDT, CGT, émaillées d’actions, de cortèges de manifestations dont une fermeture des urgences trés médiatisée. Douze semaines (cf journal de grève) à imposer à l’administration d’assigner, de faire face aux évènements. (voir photo). Ce mouvement s’appuie sur le soutien actif de la population trés impliquée et des politiques locaux qui ont répondu aux sollicitations. Au terme de cette lutte les négociations avancent considérablement...

A Rennes le conflit se développe sous une autre forme avec le blocage des instances et des actions visant à la paralysie administrative. A Béclère, à Clamart, là encore blocage de l’administration contre les restructurations. A Albi, c’est l’ouverture d’une Unité pour Malades Difficiles qui se solde par la fermeture de deux hôpitaux de jour et qui provoque la révolte des personnelsâ ?¦

â ?¦au global.
Un plan d’économies de 450 millions d’euros a été annoncé cette semaine au Conseil Supérieur de la Fonction Publique Hospitalière cela vient se rajouter au mesures de restriction imposées les années précédentes. Ces économies mettent les personnels sous pression et confrontent les personnels hospitaliers à une situation insupportable, mal faire ce à quoi ils ont consacré leur carrière : accueillir et prendre soin de la souffrance.
Sans parler des restructurations et fermetures d’activités passées, en cours ou programmées qui n’ont qu’un seul but, appauvrir le service public hospitalier et non lucratif au bénéfice des cliniques commerciales et des groupes financiers internationaux. Peu à peu, de fermetures de maternités en suppression de services de chirurgie, de fermetures de structures extra hospitalières en création d’unités de soins carcérales, les soins généraux se concentrent dans des hôpitaux usines, la psychiatrie dans de l’enfermement, la population est confronté à des déserts médicaux et toute une frange de la population est laissée à l’abandon avec de moins en moins les moyens de se soigner.

Une politique de santé pour les richesâ ?¦
Mise en place des franchises et autres forfaits, dépassements d’honoraires, monopoles de soins transférés peu à peu vers le privé lucratif, c’est plus de dix pour cent de la population qui n’a plus accès aux soins, c’est plus de vingt pour cent qui renonce à certains soins. Déjà il y a des départements où la seule maternité encore ouverte est commerciale et pour certaines spécialités chirurgicales il en va de même.
Mais ce n’est que la partie la plus visible. Avec la loi HPST et la transcription des directives européennes de nouveaux coups sont en préparation. Glissement des tâches et déqualification de fonctions avec la " coopération entre professionnels" ; attaques supplémentaires contre les personnes couvertes par les ALD avec " l’éducation thérapeutique des patients " ; diminution du remboursement des médicaments ; privatisation de la recherche médicale publique par le biais de fondations, privatisation rampante et déqualification des filières de formation paramédicales ; ouverture du marché des soins à domicile à des officines transnationales ; casse des professions,â ?¦
C’est à une politique d’organisation rationnée des soins, autoritaire, que l’on a à faire avec la mise en place des ARS et la nouvelle gouvernance.
Politique qui n’a d’autre but que de diminuer l’accès aux soins des plus pauvres, les faire payer de plus en plus cher à ceux qui peuvent se le permettre et donner en pâture le marché du soin aux compagnies financières.
Une souffrance éthique pour les personnels hospitaliers.
Quelle que soit leur fonction, la plupart des hospitaliers consacrent leur activité à rendre le meilleur service possible. Aujourd’hui chacun constate que la qualité de soin est en baisse, que le service rendu est moindre. Pire, pour les soignants en contact direct avec la souffrance leurs conditions de travail et de soins font qu’ils savent qu’ils "traitent mal". Qu’ils rentrent le soir en se posant la question de ce qu’il aurait dà» ou pà» faire autrement. Qu’ils se trimbalent au quotidien la souffrance des autres avec de moins en moins de moyens pour y répondre, et le plus souvent de façon mécanique, protocolarisée. Ils souffrent de façon consciente ou non dans leur humanité. C’est pour beaucoup, un temps, un repli vers l’acceptation passive justifiée par " on ne peut rien y faire ". Mais l’acceptation passive ne veut pas dire que cela laisse les personnes indemnes. Cette souffrance est aggravée par les conditions de travail, le stress au rendement, la précarité des emplois (individualisation des salaires et y compris aujourd’hui avec le pouvoir de licencier les fonctionnaires) et l’appauvrissement économique par des salaires incompatibles avec un coà»t de la vie galopant.

Une révolte commune
Cette souffrance passive doit déboucher sur l’organisation de résistances conjuguées en une révolte commune.
Les luttes, les résistances à l’oeuvre à Marchant, Tenon, Rennesâ ?¦ sont emblématiques. A l’exemple de Tenon, où une première victoire est engrangée par la proposition d’un protocole d’accord concédé par l’administration. C’est une victoire contre l’idée que la situation est inéluctable. Ce sont des points d’appui pour comprendre que la lutte est possible, pour y redonner le goà»t. Ces luttes locales se font sur la base de problématiques rencontrées par tous, manque de moyens et d’effectifs, personnels de plus en plus précaires, condition de travail et vie personnelle dégradées, attaques sur les rythmes de travail et de repos, remise en cause des accords RTTâ ?¦ ces luttes doivent s’étendre pour n’en faire plus qu’une.

Une révolte citoyenne
L’objectif des revendications des salariés doit être partagé par l’ensemble de la population. A la base de la souffrance éthique se retrouve le désir du meilleur soin. Ce désir du meilleur soin, du soin de qualité est partagé par les mouvements citoyens. Qu’ils s’appellent coordination des collectifs de défense des hôpitaux ; collectif contre les franchises et pour l’accès aux soins ; convergence services public, tous visent à mobiliser les citoyens pour un meilleur service public de santé. Ce sont des forces actives à l’oeuvre (près d’une centaine de collectifs aujourd’hui, et une quarantaine de partis et d’associations signataires des plates formes pour l’accès aux soins et le service public). Ce sont des ressources importantes pour sortir du " on n’y peut rien ".

Une révolte politique

Mais il ne faut pas oublier que ce qui sera gagné sur Tenon sera surement perdu par St Antoine Rotschild ou Trousseau autres hôpitaux du même " groupe hospitalier ". Que les 12 postes gagnés par la lutte à l’hôpital d’enfant de Toulouse seront pris sur le fonctionnement global du CHU, que ceux que gagnera le CH Marchant seront pris sur ceux d’Albi, de Lanemezan d’Auch ou d’ailleurs. Le financement de la santé est enfermée dans une enveloppe budgétaire contrainte, exécutée par les ARS et qui ne vise qu’à " socialiser " la misère et organiser la pénurie de service public.
Ce n’est pas une raison, bien au contraire pour baisser les bras et chaque lutte est légitime et importante au quotidien. C’est pourquoi il faut d’une part aider les foyers de résistance à gagner pour faire entendre qu’il est nécessaire de réclamer des moyens pour le soin et prouver qu’il est possible de les obtenir. En renversant la fatalité de la dégradation des moyens et du soin où que ce soit c’est le désir de mieux faire qui s’exprime, le pouvoir de résister qui s’installe, le fermant de la révolte qui lève. Avec cette conscience que si seul on ne peut rien, la révolte des salariés d’un établissement unis peut bousculer la fatalité. Qu’un mouvement d’ensemble des établissements sanitaires peut modifier de façon significative la politique qui leur est imposée, et enfin qu’une révolte conjointe des salariés et des usagers/citoyens peut faire envisager que tout est encore possible.

Agir ici et demain.
Il nous faut soutenir les luttes locales et travailler à leur popularisation. Ces luttes favorisent la prise de conscience des personnels et permettent à l’espoir de renaître.
Il nous faut élargir leur champ pour préparer un mouvement d’ensemble de nature à ébranler la politique qui nous est imposée.
Début Mars une journée d’actions concertées prenant les ARS pour cible sera organisée. Ces actions seront coordonnées et animées par les collectifs, par les salariés du sanitaire et du médico-social en u n même mouvement de protestation. Sud en est partie prenante et cela se prépare dès aujourd’hui.
En début d’année Sud lancera aussi une campagne du " Savoir dire non ", résistance individuelle et collective au quotidien. Dire non à ce qui est ca use de souffrances, qu’elle soit éthique ou touche la vie familiale ou privée. Réapprendre à chacun à dire non pour penser à nouveau qu’ensemble on peut changer les choses.

Se mettre en campagne
- Organiser la popularisation et le sou tien aux luttes en cours, animer de façon volontariste des AG pour informer et organiser la résistance.
- Travailler à la prise de conscience des salariés des secteurs sanitaires et médico-sociaux que c’est d’un même combat qu’il s’agit, que la logique de destruction qui s’applique est identique et que son exécuteur est commun, qu’il s’appelle ARS, agence de régression sociale.
- Organiser avec les collectifs, les associations associés débats conférences et meeting publics autour des questions de solidarité, qu’ils concernent la santé, le médico-social ou le social, autour de la question des services publics.

C’est d’une autre répartition des richesses qu’il s’agit en imposant que ces richesses produites servent à l’amélioration du bien être d’une population et non à l’enrichissement d’actionnaires et autres spéculateurs.

Un autre monde est possible, c’est celui de la construction d’une société solidaire, humaniste et c’est le seul qui soit réaliste.

Paris le 12 Décembre 2010


Pièces-jointes